4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 08:10

Je suis retournée hier soir au cinéma en plein air de la Villette, qui projetait un film japonais de

Naomi Kawase, de 2015, sélectionné au Festival de Cannes dans la sélection (officielle)

"Un certain regard", intitulé "Les délices de Tokyo". Partie d'Arcueil vers 20h45, il m'arriva un incident curieux:

mes tickets de RER, pourtant valides, et de métro (id.) étaient tous rejetés par les appareils... comme il est irrégulier

de discriminer un passager, je suis passée quand même, et la prochaine fois, je filmerai le rejet de mes tickets...

Je suis arrivée Porte de Pantin à 21h49*, et me suis installée sur la pelouse, dans un espace vide, près de la cabine.

Délices de Tokyo

La projection a commencé un peu après 22h. Le film était en japonais sous-titré en français.

Le film est projeté suffisamment haut pour que toutes les personnes assises par terre puissent voir sans problème.

Peu après le début du film, le groupe de personnes devant moi, assises par terre, a décidé de passer aux transats,

rompant un accord tacite qui veut qu'on n'impose pas un transat bouchant la vue d'un autre spectateur alors que le

film est commencé... C'est d'une goujaterie absolue. J'ai remercié ironiquement (sans réponse, évidemment!) et suis

allée m'asseoir plus loin, devant, gênant passagèrement d'autres personnes pendant la projection, j'en suis désolée.

 

Délices de Tokyo

C'était un beau film tendre avec une histoire sensible, et un rythme de narration très lent. Un film

formaté pour Cannes, je dirais, avec un personnage extraordinaire qui change la vie ordinaire

d'autres personnes, sur fond d'exotisme, mais pas trop. L'histoire était assez banale, et je me

demandais ce qui avait bien pu le faire sélectionner à "Un certain regard", qui est la sélection de

l'insolite... Jusqu'à ce que le personnage extraordinaire se révèle atteint d'une maladie hors d'âge,

biblique, qui lui a valu l'enfermement depuis son adolescence, maladie qui fait peur, et prive de

sépulture. Là, ça devenait plus intéressant! Je suis quand même restée sur ma faim car Naomi

Kawase prend le parti de ne voir que la réclusion de ces malades sans examiner le dilemme que

pose leur présence dans la société, du point de vue des risques sanitaires. C'est un certain regard...

 

 

L'argument est le suivant: dans une boutique de gâteaux japonais, une dame âgée débarque avec ses

recettes maison, et cherche à se faire embaucher. Le patron refuse, mais les gâteaux de la dame

sont délicieux, sans rapport avec ce qu'il produit à partir d'ingrédients industriels. Si vous pratiquez les

cuisines asiatiques, vous aurez noté qu'il y a peu de gâteaux traditionnels, du fait de la prépondérance du riz et de

l'absence du blé. Les gâteaux évoqués ici sont une adaptation japonaise récente d'une gourmandise américaine,

le pancake, qui est une petite crêpe épaisse. Au Japon, on fourre deux pancakes de haricots confits (ce qui parait

très roboratif et étrange au goût, assez peu attractif pour un palais français...) cela s'appelle des dorayaki.

La boutique de Sentaro ne vend que des dorayaki, achetés essentiellement par des lycéennes.

La dame âgée s'appelle Tokue, et elle parle aux haricots, aux cerisiers en fleurs... pourquoi pas?

Les clients affluent pour acheter ses dorayaki, jusqu'à ce que quelqu'un s'interroge sur les mains

noueuses et déformées de Tokue. Son adresse confirme les soupçons: il s'agit d'une ancienne

lépreuse, qui vit dans une ancienne léproserie, où elle a été enfermée à une époque où les médicaments

anti-tuberculeux qui permettent de soigner la lèpre n'existaient pas. Elle a probablement été traitée par la suite,

mais après un certain temps de maladie, celle-ci ne peut plus être complètement éradiquée avec certitude.

Les clients fuient la boutique, Sentaro doit congédier Tokue (qui pastrouillait dans les haricots à mains

nues...) qu'il va voir dans sa léproserie. Elle meurt peu après d'une pneumonie, et lui lègue son

matériel de cuisine. Sentaro quitte la boutique, et part vendre des dorayaki avec son héritage,

dans la rue, sous les cerisiers en fleurs que Tokue aimait (ce sont les dernières images que j'ai vues
 

 

 

de loin en partant de la pelouse). Un film sensible qui prend une position humaniste bienvenue, mais

sans examen des contraintes sanitaires que posent la maladie de la vieille dame. Ce film, comme

tous ceux que j'ai vus jusqu'ici, était précédé d'une annonce invitant à donner pour la recherche sur le sida***, rappelant

que 150.000 personnes vivent en France avec cette maladie et qu'il n'existe toujours pas de vaccin... Au regard du

film, sachant qu'on n'a même plus en France de tests disponibles en pharmacie pour les infections à mycobactéries, dont

font partie la lèpre et la tuberculose, je trouvai que les malades du sida étaient mieux lotis que d'autres (que dire

des malades de Lyme, qui sont plus nombreux, et dont la plupart ne sont pas soignés, même si c'est moins mortel).

Même si Naomi Kawase a, de mon point de vue, évité la question qui fâche, l'évocation de ces ombres

que deviennent les personnes malades dans une réclusion involontaire, était courageuse, merci.

Je suis ressortie de la pelouse cinéma à quelques minutes de la fin, un peu avant minuit, et ai effectué

un retrait d'argent avant de reprendre le métro vers Arcueil, via la Gare du Nord, à 23h58**.

 

Sylvie, blogmestre

 

*** j'ai fait partie des pionniers qui diffusaient l'information et la prévention sur le sida dans les écoles des années 80,

puis ai posé une candidature spontanée pour participer à la recherche sur le VIH auprès du Pr JM Lang à Strasbourg

en 1989....mais il n'y avait pas de quoi me payer. Je me réjouis que la situation se soit améliorée, que l'on ait une

reconnaissance et des traitements. Il serait équitable que les autres maladies ne restent pas en plan, ceci dit afin

que ma remarque concernant le financement de la recherche sur le sida ne soit pas mal interprétée.

Délices de Tokyo
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