21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 09:19

Hier soir, la grande salle de la Philharmonie était pleine de fans de Monteverdi... Je n'aurais pas cru

qu'ils fussent si nombreux! Le spectacle était donné par les Arts Florissants sous la direction de

Paul Agnew, directeur musical adjoint et chef de choeur associé, qui présentaient l'Orfeo.

Orfeo

Ayant croisé un billet à revendre, j'en avais fait l'acquisition dans la journée*

Ma place était au 2è balcon, dans une zone de la salle que je n'avais pas encore pratiquée.

Orfeo

Cette année 2017 est le 450è anniversaire de la naissance de Claudio Monteverdi, à Crémone

en 1567. Décédé en 1643, Monteverdi se situe musicalement à la charnière de la Renaissance

et de l'époque baroque. Compositeur de pièces variées, madrigaux, musique sacrée, oeuvres

dramatiques, il est considéré comme l'un des fondateurs de l'opéra moderne,

dont son Orfeo est le premier chef d'oeuvre.

Orfeo

La scène de la grande salle de la Philharmonie était hier soir aménagée en décor antique avec

des pierres levées en cercle, et de la verdure au sol. Les musiciens étaient disposés autour, et

les chanteurs évoluaient à l'intérieur. Voici la première page du programme:

Orfeo

Et voici ci-dessous un extrait musical de l'Orfeo, c'est la Toccata d'ouverture, avec cordes,

clavecin et trompette. Vous noterez le caractère baroque de cet extrait. L'Orfeo a été créé en 1607,

il s'agit d'un baroque tout nouveau! Il fut donné dans un petit salon du Palais de Mantoue, par une

petite formation de chanteurs et de musiciens (que Monteverdi, lui, jugea très conséquente!)

 

Comment adapter cet opéra en chambre à l'immense salle de la Philharmonie?

Dans le livret, nous en apprenions un peu plus long sur les intentions du compositeur, le choeur doit

compter seize à dix-huit chanteurs, et on dispose d'une liste d'instruments variés, à vent et à cordes.

Il y avait hier soir sur scène violons, altos, violoncelle, "violone", flûtes à bec et cornets, trombones,

harpe, théorbe, luth, clavecin, orgue et archicistre (instrument néo-médiéval à cordes métalliques).

Au début de l'opéra, j'ai pensé qu'il aurait mieux convenu à la scène de la Cité de la Musique, plus petite.

L'avantage de la grande salle de la Philharmonie, c'est que la disposition en gradins rend l'action visible par tous.

Le handicap, c'est que les chanteurs sont des chanteurs classiques, et les instruments, anciens, donc adaptés

aux salles plus petites. Il y eut cependant une adaptation progressive des musiciens et chanteurs obtenue

en élevant le niveau sonore, et du public, en suspendant les bruits de fond et en tendant l'oreille.

 

Orfeo

L'opéra est en cinq actes, et dure un peu plus de deux heures. La première partie comportait

les deux premiers actes, la deuxième partie les trois derniers. L'histoire est celle, mythologique,

d'Orphée, fils d'Apollon, qui descendit aux Enfers rechercher sa bien-aimée Eurydice, obtint des dieux

qu'elle revint avec lui parmi les mortels, et trop pressé de contempler l'objet de sa flamme, se retourna

pour la regarder avant leur sortie du territoire de la mort, la perdant ainsi définitivement.

Sur ce canevas de base, Monteverdi, en méditerranéen, a brodé des déclamations volubiles qui

évoquent l'amour courtois contrarié, le fatum, et les forces de la terre, de la vie et de la mort.

Son Orphée se répand d'une manière que nous jugerions peu digne aujourd'hui, avec une hyper-

sensibilité littéraire, mais nullement affectée. Le pauvre homme est dans tous ses états que la belle

Eurydice enfin conquise à son coeur, lui ait été enlevée brutalement par la piqûre d'un serpent (animal

biblique). Orphée, dont la voix charmait les animaux sauvages (mais pas le serpent), va exercer

ses talents sur Charon, le passeur des Enfers, et franchit le Styx. Proserpine, épouse de Pluton,

dieu des Enfers, intervient en sa faveur: il pourra ramener Eurydice aux vivants. Mais Orphée manque

à son serment et perd son aimée, ce que Monteverdi accompagne de longues lamentations.

Orfeo

Le texte est frappant, si l'on pense à des auteurs comme Molière, pour l'époque baroque, qui aurait

bien ri des attendrissements d'Orphée sur son sort, quoique cruel. En revanche, on trouve dans les écrits

de la Renaissance une hypersensibilité masculine (je pense à Montaigne, du Bellay, Ronsard). Le texte

de l'Orfeo serait donc plutôt Renaissance. La musique des deux premiers actes comporte des danses

qui sont très nettement d'inspiration Renaissance. En revanche, les deux actes du passage aux Enfers,

le troisième et le quatrième sont musicalement clairement baroques. Cette oscillation entre deux

époques culturelles était très intéressante, et avait quelque chose d'un peu déroutant au départ.

Le baroque est très représenté dans les arts à notre époque. La Renaissance l'est moins. Entendre

l'Orfeo et l'apprécier supposait de se mettre dans le costume de l'auditeur de 1607, avec sa sensibilité,

qui était différente de la nôtre, puisque les" torrents de larmes" (sic) d'Orphée lui étaient naturels,

et qu'il l'était tout autant pour lui d'en parler ainsi, ce que la pudeur, le surmoi, nous interdiraient.

Orfeo

On voit ci-dessus les chanteurs aux saluts, Eurydice (Hannah Morrison) en blanc, Apollon (Paul Agnew)

en blanc aussi, et Orphée (Cyril Auvity), en blanc et vert, au centre de la photo. Cyril Auvity, de tous

les chanteurs, avait la voix la plus lyrique, ce qui convenait bien au texte qu'il devait chanter.

Dans le dernier acte, Monteverdi avait d'abord repris la mythologie, c'est à dire qu'Orphée était "déchiré

par les Bacchantes en furie" (vous noterez la distance entre la poésie fleurie de Monteverdi, et la cruauté de sa

source d'inspiration...!) une correction fut faite ensuite, plus dans le ton du reste de l'oeuvre, dans laquelle

Apollon proposait à son fils de partager le sort des dieux dans les régions célestes, à quoi les bergers,

pour l'occasion, jouaient une dernière danse d'inspiration Renaissance, miroir du début de l'opéra.

Orfeo

C'est la deuxième fois que j'entends les Arts Florissants en concert, et comme la première fois,

ils furent parfaits. Je salue le tour de force d'avoir adapté l'opéra de Monteverdi, dans sa langue

fleurie de 1607, à la grande salle de concerts de 2017, et d'avoir su faire entrer le public dans le récit

musical d'un drame très éloigné de ses préoccupations actuelles et de sa musique ordinaire.

Ils furent très applaudis, bissés, et revinrent saluer de nombreuses fois. Un grand bravo!

Nous sommes ressortis de la grande salle vers 23h.

 

Sylvie, blogmestre

 

Ci-dessous, l'attestation d'achat* du billet de concert.

Orfeo

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