25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 09:34

C'était le nom poétique du concert de l'Orchestre national d'Ile-de-France, hier soir, dans la grande

salle de la Philharmonie de Paris, sous la direction d'Enrique Mazzola. En pleine forme pour

ce premier concert de l'année dans leur lieu de résidence!

Princes des neiges

J'avais une place dans un coude du premier balcon, et voyais l'orchestre

de trois-quarts dos, et le chef de trois-quarts face.

Princes des neiges

La salle était remplie de public, encore plus que pour le Te Deum de samedi 21 janvier, puisqu'il

n'y avait pas de choristes, dont les places avaient été occupées par des auditeurs.

Le programme annonçait de la musique d'Europe du nord: en première partie, une création de

Daniel Nelson, compositeur contemporain qui vit actuellement en Suède, suivie d'un concerto

d'Edvard Grieg, et en deuxième partie, une symphonie de Piotr Illitch Tchaïkovski.

 

Daniel Nelson était dans la salle, et monta sur scène nous expliquer sa création, intitulée

"Steampunk Blizzard", avec l'aide d'Enrique Mazzola. Nous apprîmes que la ligne directrice de sa composition,

créée à la demande de l'Orchestre national d'Ile-de-France, lui avait été inspirée par l'idée d'une rencontre de Tchaïkovski

avec une machine à vapeur produisant de la neige, chacun étant dans un rôle musical, Piotr Illitch et la machine.

Le morceau était écrit en 7/8 (des mesures de 7 croches, inhabituel!) et le chef d'orchestre, taquin, lui demanda de

nous chanter le résultat obtenu... A coup de poum tchac pschhhhh, syncope, le compositeur y parvint, déclenchant

l'hilarité du public, par sa reconstitution vocale rythmée de l'activité mécanique de l'engin. Il y avait dans les percussions

une boîte de conserve, et un disque de frein, dûment référencés dans la partition du percussionniste (j'ai surveillé!)

La version musicale donnait une alternance de cordes (Tchaïkovski) et de poum-tchac-pschhh produits

par les cuivres et les percussions essentiellement (la machine), dialogue du troisième type. Il me vint à

l'esprit que Nelson faisait l'inverse de ce que pratiquaient les romantiques: eux musicalisaient des sons réels par les

instruments, Nelson, lui, utilisait les instruments de musique pour produire des sons triviaux rythmés.

Nous avons bien ri, et l'oeuvre nous a bien plu. Daniel Nelson est remonté sur scène

pour saluer, et recevoir un bouquet de fleurs (ci-dessous).

Daniel Nelson

Daniel Nelson

Le concerto pour piano en la mineur de Grieg date de 1868, il fut créé l'année suivante à Copenhague.

Grieg avait alors 25 ans... Un pianiste français, Raoul Pugno, imposa le concerto pour piano en 1894

à Paris, avec Grieg lui-même à la direction. Le livret cite Adolphe Boschot qui décrit ainsi l'exécution

du concert "Tandis que Raoul Pugno pétrissait le clavier d'où jaillissait un poétique sortilège de sons

veloutés et caressants, Edvard Grieg, dirigeant l'orchestre, faisait valoir la délicatesse de son style,

sa tendresse nostalgique, ou ses ressauts de fièvre et de passion." Je cite parce que je ne saurais

mieux dire l'impression de douceur et de poésie que dégageait ce concerto, subtilement interprété

par l'extraordinaire pianiste Alexander Gavrylyuk (et par l'orchestre, naturellement). Et Tchaïkovski

d'ajouter: "Que de chaleur et de passion dans ses phrases chantantes, quelle vitalité bouillonnante dans

ses harmonies, quelle originalité charmante dans ses modulations spirituelles et piquantes, et dans

ses rythmes, qui sont, comme tout le reste, toujours intéressants, neufs et personnels! Si l'on ajoute à

ces rares qualités une simplicité totale, exempte de toute recherche et de toute prétention à des

profondeurs et des nouveautés inouïes, on comprend que Grieg soit aimé de tous et soit populaire partout."

Tout est dit! Vous aurez compris que Tchaïkovski était le fil rouge de ce concert! A la fin du concerto,

le chef d'orchestre et le pianiste tombèrent dans les bras l'un de l'autre, le pianiste fut très applaudi,

sortit, revint, et reçut des fleurs dont il fit galamment présent au premier violon (qui est une dame).

 

Enrique Mazzola et Alexander Gavrylyuk

Enrique Mazzola et Alexander Gavrylyuk

Autant le concerto de Grieg était douceur et poésie contemplative, autant la cinquième symphonie de

Tchaïkovski était sonnante et vigoureuse. Créée à Saint-Petersbourg en 1888, après plusieurs années

de faible création musicale consécutive à des problèmes de vie privée, l'avant-dernière symphonie de

Tchaïkovski est bien reçue par le public mais pas par la critique, ce qui plonge le compositeur dans les

affres du doute sur sa valeur personnelle et celle de son travail... Heureusement, il part la donner ailleurs

qu'en Russie, et c'est à Hambourg, l'année d'après que public et critique s'accordent à le réhabiliter

complètement.. La symphonie est dotée d'un motif récurrent, ce qui est unique dans les symphonies

du compositeur russe (à l'instar de ce que l'on a pu trouver chez Beethoven ou chez Brahms).

Les indications du dernier mouvement en restituent l'image brillante que j'ai gardé: "andante

maestoso con fiamma" et  "presto molto furioso". Tous les cuivres étaient de sortie, même le tuba, et le

percussionniste, qui avait remisé le disque de frein précédent jouait des timbales avec beaucoup d'entrain.

Ce concert présenta une particularité rare à la Philharmonie: des auditeurs enthousiastes applaudirent

après chaque mouvement! Je l'ai trouvé divers dans les styles mais brillant en tout.

Princes des neiges

L'orchestre fut très applaudi, bissé, et Enrique Mazzola reçut le troisième bouquet de fleurs de la soirée!

Princes des neiges

Ce fut le retour en beauté d'un orchestre que manifestement son public attendait!

Une très belle soirée, merci à toutes et à tous.

 

Sylvie, blogmestre

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