9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 09:41

Après avoir présenté Armide de Jean-Baptiste Lully à la saison dernière, la Philharmonie

présentait hier soir Armide de Christoph Willibald Gluck, sur le même livret de Philippe Quinault,

par les Musiciens du Louvre sous la direction de Marc Minkowski. Ayant beaucoup aimé la

version Lully, relatée sur ce blog (cliquez sur le lien), je me devais d'aller entendre la version Gluck!

Armide, par Gluck et Minkowski

L'opéra-concert commençait à 19h30, nous sommes arrivés à la Villette sous la pluie, et dans

la froidure nocturne de cette soirée de novembre. J'avais commis la même erreur de prendre

une place à l'arrière scène que l'an dernier (c'est le seul emplacement de la salle d'où l'on ne

voit pas les sous-titres) mais connaissant déjà l'intrigue, ce ne fut pas un problème.

Armide, par Gluck et Minkowski
Armide, par Gluck et Minkowski

Les places de l'arrière-scène présentent un intérêt économique certain, et pour nous choristes,

elles ont un côté familier: on y voit le chef de face, et on est derrière les musiciens. Outre l'orchestre,

les interprètes de la soirée étaient le Choeur de l'Opéra national de Bordeaux, et onze solistes.

Armide était jouée par la sublime Gaëlle Arquez, vêtue d'une non moins sublime robe rouge.

Armide, par Gluck et Minkowski

Sans vouloir tomber dans la chronique people, je trouve les solistes de plus en plus décoiffants! Il y a un grand

travail sur l'image de leur part, non seulement, ils et elles chantent merveilleusement bien, mais ils et elles

font de leur mieux pour présenter une très belle apparence extérieure, bravo! Hier soir, les solistes étaient vêtus

de noir ou de blanc ou de noir et blanc, sauf Armide qui était vêtue de rouge.

L'Armide de Gluck date de 1777, celui de Lully datant de 1686. A l'époque, reprendre le livret d'un

opéra de Lully pour écrire la musique d'un nouvel opéra relevait du sacrilège, et échouait

immanquablement. Mais l'entreprise de Gluck fut un succès. Dès l'ouverture musicale, on reconnait

une grande oeuvre, qui vous prend et ne vous lâche plus pendant trois heures et demie.

Marc Minkowski, à la baguette, est habité par l'opéra, il se dépense sans compter, déployant

une énergie spectaculaire à faire vivre cette tragédie. Les Musiciens du Louvre jouent sur des instruments

pour partie baroques: flûtes, hautbois, clarinettes, et il y a un clavecin. Contrairement à Lully, Gluck

n'utilise pas le clavecin seul pour accompagner les récitatifs, le clavecin est un instrument

parmi les instruments de l'orchestre. Le style est plus enlevé et plus martial, orchestral et choral,

se rapprochant de Haydn ou de Mozart, comportant déjà des envolées pré-romantiques.

Une très belle oeuvre. Rappelons le propos du livret: Armide a vaincu les croisés à Jérusalem

(nous sommes au Moyen-Age), mais Renaud lui résiste. Elle parvient le mettre sous un charme

(sorcellerie), mais tombant sous le sien (amoureux) ne peut se résoudre à le tuer.

 

Les chanteurs devant l'orchestre, Armide en rouge et Renaud en blanc à droite

Les chanteurs devant l'orchestre, Armide en rouge et Renaud en blanc à droite

La Haine tente de lui extirper Renaud du coeur, sans succès, et finit par prédire que sa faiblesse

à l'égard de cet homme sera punie par une trahison de celui-ci. Ce qui se réalisera.

Armide apparait dans l'opéra de Gluck plus humaine que sorcière, et suscite notre compassion:

elle a sauvé la vie de Renaud, qui lui jettera à la figure qu'il lui préfère la gloire... Pour obtenir ce

basculement d'Armide du côté de la sympathie du public, Gluck a un peu triché en ajoutant quatre vers au texte de

Quinault, nous apprend le programme. Armide a rejoint Didon dans la tragédie féminine, et à son

exclamation "Ah, quelle cruauté de lui ravir la vie!", mort qu'elle épargnera à Renaud, répond son

reproche final "Tu vois couler mes pleurs sans me rendre un soupir". Elle a abandonné son rang

de sorcière pour devenir femme, aimante, et l'heureux élu ne pense qu'à la gloire. 

Renaud était interprété par Stanislas de Barbeyrac. L'évolution d'Armide vers un personnage

plus humain, faisait de lui un homme un peu lâche et forcément moins héroïque.

On remarquera qu'Armide de Gluck est vêtue de rouge, c'est un personnage de passion et de feu. L'Armide de Lully

était vêtue de noir, et restait essentiellement une sorcière. Est-ce l'influence du siècle des Lumières?

Armide, par Gluck et Minkowski

Le public a applaudi de plus en plus bruyamment (si je puis dire) après chaque acte, pour terminer

dans une ovation à la fin du cinquième acte.  Marc Minkowski disparut après avoir salué rapidement,

remplacé aux rappels par les solistes, puis revenant finalement parmi eux, on le voit sur la photo

ci-dessus, au centre droit de la photo, de dos, entre deux solistes féminines en noir et en rouge.

L'opéra-concert, sans ses ballets d'origine, s'est terminé un peu après 22h30.

Une splendide soirée, bravo à tous les chanteurs et musiciens pour la qualité de la représentation!

 

Sylvie, blogmestre

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Published by Blog des choristes des CP13
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