16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 08:21

Il y avait hier soir un concert splendide à l'Opéra Bastille, joué par l'orchestre de l'Opéra National

de Paris, dirigé par Philippe Jordan. J'ai eu beaucoup, mais vraiment beaucoup, de mal à trouver une place,

cependant.. in-extremis, la chance de décrocher l'attribution d'un strapontin se présenta :-)

Prokofiev, Ravel, Moussorgski

Je me croyais partie pour le 2è balcon, mais pas du tout: j'étais au parterre... Voici la vue de l'opéra depuis mon strapontin.

Prokofiev, Ravel, Moussorgski

Quand la lumière baissa, le strapontin étant très confortable visuellement, mais un peu moins sur le plan de l'assise,

j'ai migré vers une place de fauteuil restée vacante au milieu de la rangée qui me précédait.

Le programme du concert se composait de la symphonie n°1 en ré majeur de Serguei Prokofiev,

du concerto pour piano en sol majeur de Maurice Ravel, et des "Tableaux d'une exposition"

de Modeste Moussorgski, dans l'orchestration de Maurice Ravel.

Ravel était au centre de ce concert, dont le thème était néoclassicisme et orchestration. La première

symphonie en ré majeur de Prokofiev, qui ouvrait le concert, est une œuvre néoclassique inspirée de

Haydn, dont il partageait le goût avec Maurice Ravel. Selon le compositeur russe, cette symphonie, composée entre

1916 et 1917 ( c'est-à-dire pendant la première guerre mondiale et la révolution russe !), était subversive car les musicologues

attendaient de lui une œuvre moderne, cette œuvre de facture classique allait donc bien les surprendre. Vu le contexte

d'embrasement international, la subversion paraît assez subtile, en effet... D'autres auraient plutôt créé une œuvre de

fracas, mais non, c'est une gentille symphonie néoclassique, très agréable à écouter. En quatre

mouvements dont une gavotte, assez courte, orchestrée pour un petit ensemble, comme ceux de l'époque

de Haydn. Peut-être le fracas des armes et des canons a-t'il produit l'inverse de l'effet attendu ? La deuxième œuvre

de la première partie du concert, le concerto pour piano et orchestre de Ravel, était musicalement plus

attachant. Il datait de 1932, et avait été composé simultanément avec le Concerto pour la main gauche.

Le genre était à l'époque tombé en désuétude, mais Ravel avait toujours ambitionné d'écrire un concerto,

alors pourquoi pas deux ? Ravel écrivait pour le piano des parties tellement virtuoses qu'il ne pouvait les

jouer lui-même, et devait faire créer l'oeuvre par un autre pianiste. Le pianiste soliste, excellent, était dans

le concert d'hier soir Alexandre Tharaud. Il fut abondamment rappelé et nous joua un bis, dont le titre ne nous fut pas

communiqué. Le premier mouvement du concerto était tellement brillant que lorsque Philippe Jordan le

clôtura d'un envol de baguette, le public frémit d'une envie d'applaudir. Mais c'est une assistance mélomane que

celle de l'Opéra Bastille, qui sait qu'un concerto comprend trois mouvements, et que les applaudissements intermédiaires

perturbent la concentration des musiciens... Même si c'est très agréable d'être applaudis !

Il y eut des passages jazzy qui faisaient penser à Gershwin.

Le programme, avec une belle photo de Philippe Jordan

Le programme, avec une belle photo de Philippe Jordan

Ravel, ayant exploré toutes les ressources du piano pour assouvir son génie créatif, se tourna vers

l'orchestration, dont celle (1922) des Tableaux d'une exposition (1874) de Moussorgski est l'un des exemples

les plus connus. Le concert, comme vous pouvez le constater, allait crescendo en émotion et en

aboutissement musical. Les « Tableaux d'une exposition », fresque musicale décrivant en musique les

émotions artistiques d'un promeneur dans une galerie, était l'une de mes œuvres préférées de jeunesse, l'un

des tous premiers disques de musique classique que j'ai achetés. Je crois que je ne l'avais jamais vue jouer. Ce fut un

ravissement, pas seulement pour moi, mais collectif. Toute la salle était particulièrement silencieuse, d'une

qualité de silence extraordinaire. Le thème récurrent de la promenade nous emmenait d'une tableau à l'autre,

vieux château, poussins, catacombes, et lorsque la Grand Porte de Kiev, le dernier tableau, apparut,

d'abord lointaine, puis de plus en plus éclatante, de tous ses cuivres et cymbales (et même un gong!),

un frisson électrique parcourut l'assistance. J'en ai eu les larmes aux yeux (c'est une des œuvres qui déclenchent

chez moi un réflexe lacrymal par la magnificence de l'orchestration...). Le public applaudit frénétiquement l'orchestre

et son chef, du bonheur de cette magnifique interprétation. Philippe Jordan est revenu,

revenu encore, saluant et faisant lever ses musiciens acclamés. Quel succès !
 

Philippe Jordan et l'Orchestre national de l'Opéra de Paris

Philippe Jordan et l'Orchestre national de l'Opéra de Paris

Et ci-dessous, voici le génie de la Bastille, sous un ciel plombé, à la sortie du concert vers 22h.

Je suis rentrée chez moi en fredonnant la Grande Porte de Kiev pendant tout le trajet...

 

Sylvie, blogmestre

Prokofiev, Ravel, Moussorgski

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