21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 08:39

Il y avait foule hier soir au Théâtre des Champs-Elysées pour entendre l'Orchestra of the Age of

Enlightenment dirigé par Sir Simon Rattle. Une longue file de postulants de dernière minute aux places

libres se déroulait à l'intérieur du théâtre, devant les caisses. J'eus une discussion humoristique avec une dame

qui attendait pour une place, et nous avons, en ces temps de Vigipirate, échangé nos expériences de palpations incongrues...

Enlightenment

Les machines à flasher devaient être en panne, car les billets étaient seulement lus visuellement par le contrôle. Je montai au premier balcon, et comme ma place était tout au bout de la rangée, plutôt que de faire lever les personnes déjà assises, j'y accédai par l'extrémité du couloir. J'appris plus tard que je n'étais pas assise sur le rang R, mais sur le rang S, mais bien à la place n°10.

Voici le théâtre vu de la place S10, et non de la place R10 qui était la mienne:

Le théâtre de la place S10

Le théâtre de la place S10

Le théâtre n'était pas aussi plein que pour le Magnificat, mais peu s'en fallait.

Le programme comportait l'Ouverture tragique opus 81 de Brahms, le Scherzo de la

symphonie n°1 de Rott (ma pièce préférée de la soirée), et la sixième symphonie de Bruckner.

 

Les trois œuvres de la soirée avaient été composées à l'époque d'une vive querelle de musiciens viennois,

revendiquant tous l'héritage beethovenien. Il était intéressant de les entendre dans un même programme

pour apprécier à distance ce qui les séparait. L'Ouverture tragique de Johannes Brahms, dont on ne connait

pas l'histoire (de l'Ouverture), mais qui est peut-être seulement le pendant de son Ouverture pour une fête

académique, déjà commentée dans ce blog, fut créée en 1880 à Vienne. Cette œuvre, qui dure une douzaine

de minutes, est d'une écriture complexe pour cette durée modeste, basée sur deux thèmes principaux

et de nombreux motifs secondaires, selon un art constructif qui serait, nous disait le livret, une technique

dramatique directement héritée de Beethoven. Le deuxième compositeur de la soirée, Hans Rott, était

élève au conservatoire de Vienne avec Bruckner, et Mahler dont il était l'ami. Il est mort à 26 ans après

avoir été interné en psychiatrie, laissant quatre-vingt compositions, dont sa symphonie en mi majeur de

1880. Le scherzo de cette symphonie, qui a été joué en seconde œuvre de la première partie du concert

m'a paru émerger, par sa créativité, de l'académisme ou des convenances des œuvres de Brahms et

Bruckner. Il y avait même une manifestation d'humour, d'un compositeur qui ne se prenait pas trop au sérieux, à écrire

des phrases musicales réparties entre les pupitres, chaque pupitre jouant quelques notes et passant la suite de la phrase,

comme un mistigri, à un pupitre différent. A la mort de Rott, Mahler considéra que ce que la musique avait

perdu avec lui était inestimable. Personnellement, le scherzo de Rott ne m'a pas

évoqué Beethoven, mais plutôt une voie nouvelle dans l'art de la symphonie.

Le livret de la soirée

Le livret de la soirée

Le livret qualifiait la sixième symphonie d'Anton Bruckner, qui formait la deuxième partie du concert, de

relativement concise dans ses dimensions (i.e. seulement 65 minutes). Seuls deux mouvements seront

créés à Vienne en 1883, Bruckner mourra avant sa création complète. Le livret soulignait que cette

symphonie témoignait d'un art inventif et expressif proche du projet beethovenien de renouvellement

des formes. Je l'ai trouvée moins intéressante que la 8è... et plus pesante qu'une symphonie de Beethoven.

Donc, dans le projet beethovenien de renouvellement des formes, pour ce concert, je classerais

de la manière suivante : premier, le scherzo de Rott, deuxième, l'ouverture de Brahms,

troisième, la 6è symphonie de Bruckner. Mais je ne suis qu'une blogueuse mélomane...

L'Orchestra of the Age of Enlightenment

L'Orchestra of the Age of Enlightenment

L'Orchestra of Enlightenment a été formé il y a trente ans par des musiciens londoniens, soucieux de

revisiter la notion d'orchestre. Pas de chef, mais des « artistes principaux », dont sir Simon Rattle fait partie.

Sir Simon avait fait salle comble plusieurs jours d'affilée à la Philharmonie il y a quelques mois, avec

l'intégrale des symphonies de Beethoven, ajoutant son prestige à l'amour du public pour le compositeur.

Les oeuvres de la soirée étaient moins connues probablement, mais le public était averti!

Sir Simon, très gracieux, et l'Orchestra of Enlightenment furent très applaudis.

 

Sylvie, blogmestre

Sir Simon Rattle au Théâtre des Champs Elysées

Sir Simon Rattle au Théâtre des Champs Elysées

Partager cet article

Repost 0
Published by Blog des choristes des CP13
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d'une choriste parisienne vagabonde
  • Le blog d'une choriste parisienne vagabonde
  • : Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
  • Contact

Recherche