19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 16:40

Hier soir, pour clôturer en beauté une période d'activités culturelles intense, je suis allée voir l'opéra

de Mozart « Mithridate » au Théâtre des Champs Elysées. J'avais loué un très joli strapontin,

mais un siège plus élaboré, resté libre à proximité, m'a permis de m'asseoir plus confortablement, ce qui,

eu égard aux 3h15 de durée du spectacle, fut bienvenu.

Mithridate

C'était une chance pour moi, car le théâtre était très plein, même le deuxième balcon semblait avoir

été pris d'assaut par des mélomanes lyriques mozartiens. Impossible de prendre une photo avant

le concert, mais voici la position du strapontin dans le théâtre à l'entracte, vidé de ses occupants.

 

Mithridate

Mithridate, de Mozart est un « opera seria », c'est à dire un opéra « sérieux », par opposition à

« opera buffa », opéra bouffe, comique. C'est une œuvre dramatique que Mozart composa à l'âge de

quatorze ans, à partir d'un livret inspiré de la tragédie homonyme de Racine. L'âge du compositeur au

moment de la composition donne toute la dimension de son génie, car tant la musique que les caractères

des personnages sont aboutis, malgré la jeunesse de Mozart. Il est vrai que le drame de Racine a été écrit

en 1673 par un auteur plus âgé, et que l'utilisation qu'en a fait le jeune musicien est fidèle au drame original.

Mithridate était la tragédie préférée de Louis XIV, la pièce est très représentative du théâtre en vogue au

XVIIè siècle : roi, princes et princesses déchirés, amours impossibles, luttes de pouvoir, guerre, bravoure,

trahison, empoisonnements... Tout un univers tumultueux qui devait fort plaire à Versailles, puis

ultérieurement, à Milan, où l'opéra fut créé en 1770. L'opéra est en italien, sous-titré en français.

 

 

Il commença par une ouverture très agréable, gracieuse, jouée par le Concert d'Astrée depuis la fosse

d'orchestre, dirigé par Emmanuelle Haïm. L'exposition des personnages et de l'intrigue fut en revanche

plus ardue. Heureusement que nous sommes au pays de Jean Racine, et que nous avons

dans nos études peu ou prou abordé cette tragédie.

 

Mithridate était roi d'un petit royaume italien, et avait deux fils, Pharnace et Xipharès. Il y a déjà une

complication au départ, car les noms originaux ont été transformés dans l'opéra en Mitridate, Farnace, et

Sifare. Aspasia, qui s'appelait Monime pour Racine, est la fiancée de Mitridate. Celui-ci est parti en guerre,

et a fait croire qu'il était mort. Ses deux fils, qui sont tombés amoureux d'Aspasia, convoitent le trône,

et la fiancée de leur père. Mais le voici qui revient ! (Photo extraite du site du Figaro, Mithridate et Aspasia)

 

Patricia Petibon et Michael Spyres

 

L'interprétation d'Aspasia était ici chantée par Patricia Petibon, et celle de Mitridate par Michael Spyres,

Farnace par Christophe Dumaux, et Sifare par Myrto Papatanasiu, qui est une soprano. En effet, dans

l'écriture de Mozart, le roi est ténor, le prince aîné est contre-ténor, et le prince cadet est sopraniste,

les deux rôles des princes étant initialement tenus par des castrats. L'idée est assez surprenante, quand on

songe au souci permanent qu'avaient tous ces princes de s'assurer une descendance, et que Mozart, qui avait beaucoup

voyagé dans les cours d'Europe, devait bien connaître. Un peu de malice juvénile de la part du compositeur, peut-être ?

 

Cette distribution explique en partie que Mithridate soit un opéra peu joué, et la solution retenue par le

Théâtre des Champs-Elysées, confronté au problème du prince Sifare dont la tessiture est très haute, de

donner le rôle à une jeune soprano. L'inconvénient est que l'on perd en différence de timbres dans les duos entre

Sifare et Aspasia, puisqu'il s'agit alors de deux premières sopranes. Mozart ne savait pas que deux siècles et demi après

la création de son opéra, l'on ne mutilerait plus personne pour chanter plus haut... (et c'est bien heureux !)

 

L'autre raison qui fait de Mithridate un opéra peu joué est son côté statique un peu austère. Le metteur

en scène Clément Hervieu-Léger a introduit un peu de mouvement en créant une fausse mise en abyme, c'est-à-dire que

nous voyons des artistes lyriques en train de répéter l'opéra Mithridate à proximité d'une salle de spectacle, et l'opéra

prend corps sous nos yeux petit à petit, il y a même le souffleur qui  intervient distinctement par deux fois pour rappeler

quelques mots oubliés. C'est moins statique, mais plus embrouillé pour le spectateur, qui n'a pas eu le temps

de lire le gros programme disponible à l'entrée, et qui ne s'est pas documenté avant de venir voir l'opéra.

J'aurais, personnellement, compris plus vite l'intrigue si les princes et la fiancée du roi avaient été costumés en princes.

Mais Clément Hervieu-Léger explique très bien ce qu'il a voulu faire, dans la vidéo ci-dessous:

 

Clément Hervieu-Léger explique sa mise en scène

 

Cependant, l'intrigue se poursuivait sur le plateau, le roi atrocement jaloux de son fils cadet amoureux

de sa fiancée, et réciproquement, sommant celle-ci de l'épouser quand même, et arrêtant l'audacieux,

l'autre fils le trahissant avec les Romains. La fiancée avait tenté de mettre fin à ses jours par le poison,

mais avait été sauvée. Ce sera Mithridate qui mourra, revenu victorieux d'une guerre menée

avec ses fils, mais blessé, et unissant, avant de mourir, son fils cadet avec sa fiancée.

Les chanteurs principaux, au centre Mithridate et Aspasia à sa droite

Les chanteurs principaux, au centre Mithridate et Aspasia à sa droite

Plus on avançait dans l'intrigue, plus les chanteurs effectuaient des prouesses, plus ils étaient applaudis.

On ne peut que s'étonner de ces parties très aiguës et très acrobatiques composées par Mozart pour

les interprètes de son opéra. Toutes les voix sont des sopranos pour les femmes, et dans les voix

d'hommes, la plus grave est un ténor qui monte haut dans les aigus! Il s'agissait d'une commande,

et l'on peut se demander si Mozart ne s'est pas livré ici à un exercice de style.

 

L'opéra a été très applaudi, la salle était manifestement ravie de sa soirée, des chanteurs, de l'orchestre,

et de la musique. C'était une très belle représentation, félicitations à tous !

 

Un salut bien bas un peu risqué, mais une photo amusante!

Un salut bien bas un peu risqué, mais une photo amusante!

Ce spectacle a été enregistré, et sera diffusé ultérieurement à la télévision sur la chaîne Arte, et à la radio

sur France Musique. Il sera mis en ligne et visible en streaming à partir de demain soir 20 février sur le

site internet d'Arte. Voici aussi un article très intéressant paru dans Télérama en ligne,

pour les lecteurs qui souhaiteraient approfondir le sujet.

Il est visible au Théâtre des Champs Elysées jusqu'au 20 février.

 

Un dernier mot, Mithridate est passé à la postérité par sa phobie du poison, qu'il absorbait par doses croissantes

pour y accoutumer son corps, nous laissant .la "mithridatisation"...

 

Sylvie, blogmestre

 

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Published by Blog des choristes des CP13
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commentaires

Nicola 22/02/2016 17:03

Pour moi c’était la déception totale. Mise en scène qui n'interagissait pas avec la musique et l'histoire, direction qui consistait simplement à bousculer les chanteurs pour signifier la rage (quand il y a bien plus dans l'oeuvre), un orchestre au son très métallique (peut être du aux instrument d’époque, mais en tous cas désagréable) culminant avec un solo de cor ou plusieurs notes étaient cassées.... Les chanteurs étaient la sole note positive, même si je n’étais pas époustouflé. Spyres a un très joli timbre, mais des aigus vraiment faibles (et malheureusement Mitridate a son aire la plus aiguë juste après son entrée...), Petibon a pris un acte et demi pour chauffer la voix suffisamment...... Dommage!

Blog des choristes des CP13 22/02/2016 19:33

Je suis d'accord pour la mise en scène. Tu l'as regardé en streaming sur Arte? Le son de l'orchestre ne m'a pas semblé métallique au concert, il y avait même des flûtes traversières en bois, ça vient peut-être de l'enregistrement? Je n'ai pas non plus été époustouflée par les chanteurs au début, ils étaient meilleurs à la fin. Il y a autre chose, l'acoustique du Théâtre des Champs Elysées n'est pas celle de l'opéra Bastille, leur voix passait moins bien, il a fallu qu'ils en fassent plus pour qu'on les entende.

jacsuin 20/02/2016 23:50

Enchantée par les aigus de Mickrael Spyres
Je l attends dans un opéra de Wagner car je le bois bien chantant le rôle de Tristan

Blog des choristes des CP13 29/02/2016 19:34

Où étais-tu placé dans le théâtre? (je cherche une explication à nos différences de perception, car je n'aime pas non plus le son métallique, et je n'ai rien remarqué)

Blog des choristes des CP13 29/02/2016 19:28

Et tu as trouvé le son métallique?

Nicola 29/02/2016 18:13

Non je l'ai vu au theatre

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